
Marché des céréales
Le prix de la tonne de blé
sous le seuil de 400 €
Ces derniers quinze jours, les prix des céréales ont fortement baissé. L’annonce d’une prochaine réunion entre les belligérants et la Turquie pour débloquer les ports ukrainiens a suffi pour détendre l’atmosphère sur les places de marchés.
Le fait marquant de la semaine est le repli très significatif du prix de la tonne de blé sous le seuil de 400 € sur le marché de Rouen. Le 2 juin, la tonne de blé valait en effet 380 €, soit près de 60 € de moins que le 18 mai dernier ! La tonne de blé cotait alors 438 €, un record inégalé!
La baisse des cours observée depuis deux semaines met fin à plus de quatre mois de hausse continue. Au début du mois de février, la tonne de blé cotait environ 250 €!
Les cours de l’orge fourragère et du maïs ont aussi nettement reflué. Depuis le 18 mai, la tonne d’orge a perdu près de 70 € et celle de maïs, plus de 40€.
« Lors d'une conversation téléphonique avec Poutine, le président Erdogan a accepté de tenir une réunion le 8 juin avec la participation du ministre russe des Affaires étrangères Lavrov sur le déblocage des ports ukrainiens », rapporte le site d’Ukragroconsult. Dans le contexte actuel, une telle annonce suffit pour détendre les marchés. Mais la chute des cours a aussi été alimentée par le retrait des fonds spéculatifs qui avaient pris position sur les marchés à termes.
Pour autant, rien n’a été conclu. Et pour fonctionner, les ports de la Mer Noire devront être accessibles et dotées d’infrastructures en état de marche alors que certains bombardements ne les ont pas épargnées.
L’enjeu d’une prochaine reprise du trafic maritime depuis les ports ukrainiens de la Mer Noire est la livraison urgente de 20 Mt de blé et de maïs aujourd’hui stockées. Avant le conflit entre la Russie et l’Ukraine, 50 pays dépendaient à plus de 30 % des importations de blé ukrainien et russe.
En attendant, les échanges commerciaux ukrainiens sont réduits à peau de chagrin. Le mois passé, l’Ukraine n’aurait exporté que 42 000 tonnes de blé, selon Ukragroconsult. Or l’an passé, plus de 700 000 tonnes avaient été expédiées depuis les ports ukrainiens de la Mer Noire. Toutefois, le pays serait parvenu à livrer 1,07 Mt de maïs.
Un trafic maritime plus fluide sur la Mer Noire servirait aussi les intérêts de la Russie. Le site russe Sovecon annonce une récolte record de blé de 87 Mt, supérieure de près de 11 Mt à celle de l’année passée. Les semis de blé de printemps se sont déroulés dans de très bonnes conditions. 47 millions d’hectares, soit 80 % de la superficie totale qui sera emblavée cette année, sont déjà semés.
Aussi la Russie pourrait exporter jusqu’à 40 Mt. Et lors des prochains pourparlers en Turquie, « le pays va demander la levée de certaines sanctions occidentales contre le secteur des assurances, qui bloquent les services de fret russes », expliquent les experts d’Ukragroconsult.
Mais la Russie pourrait aussi être tentée de s’appuyer sur ses céréales pour brandir l’arme alimentaire et choisir ses partenaires commerciaux au cours de la prochaine campagne de commercialisation.
En France, le retour des précipitations accompagnées d’épisodes orageux est annoncé. Peut-être restaureront-elles une partie du potentiel de rendement perdu ces dernières semaines après un mois de mai chaud et sec. Les conditions de cultures se sont du reste encore détériorées la semaine passée. Pour le blé d’hiver, seules 69 % des conditions de cultures sont bonnes ou très bonnes en semaine 20, soit 11 points de moins que l’an passé à la même époque. Pour l’orge d’hiver, le ratio de 66 % en semaine 20 est inférieur de 11 points à son niveau l’an passé.
Les prévisions de production de céréales sont amenées à être revues en baisse aussi bien en France que dans l’Union européenne où moins de 130 Mt seraient même récoltées. Coceral, l’association européenne des négociants de grains, table même sur 127 Mt de blé !




