
Marché des céréales
Engagement prudent des vendeurs
et des acheteurs
L’adage assure que « la moisson se fait en juin », ce qui justifie les inquiétudes des producteurs et des opérateurs à 1 mois de l’ouverture de la nouvelle campagne et alors que le déficit hydrique menace de se prolonger dans l’hexagone comme dans la plupart des régions européennes. Ces incertitudes météorologiques incitent à la prudence dans l’engagement commercial. Outre ces éléments naturels et les fondamentaux, les facteurs géopolitiques -tension aggravée dans les rapports sino-américains ou brouille entre la Chine et l’Australie, la remontée significative, mais laborieuse, des cours du pétrole, accentuent l’expectative sur l’ensemble des marchés.
Le Conseil International des Céréales, dans son rapport mensuel qui vient de paraître, apporte des informations sur la situation et les prévisions des marchés mondiaux, que nous analyserons dans notre prochaine chronique, mais dont voici déjà les principaux chiffres : la production mondiale de grains (céréales principales et secondaires) pour la campagne 2020-2021 est envisagée à 2,23 milliards de tonnes (Mrds t), dont 768 millions de tonnes (Mt) de blé et 1,17 Mrd t, pour le maïs. Les stocks de report sont portés à 290 Mt pour le blé et à 288 Mt pour le maïs. Tous ces chiffres sont en augmentation sur les estimations d’avril.
Blé : une volatilité modérée
Depuis notre dernière chronique, il y a deux semaines, les marchés mondiaux du blé ont continué à se soumettre à ces divers motifs d’influence. Si l’on considère le marché hexagonal, la campagne se termine dans le calme. Sur l’intérieur, les utilisateurs, boulangerie, biscuiterie, fabricants d’aliments du bétail… sont couverts et ne sont plus guère au marché que pour des couvertures ponctuelles. Les chargements dans les ports, à destination des pays tiers restent importants, mais il s’agit de concrétisation d’affaires anciennes et l’on peut considérer que la campagne 2019/2020 est close. Les exportations vers les pays tiers qui furent le point fort de cette saison atteignaient, le 24 mai, 10,6 Mt, sur les 30,7 Mt réalisées par l’ensemble de l’UE. Il va falloir maintenir un rythme soutenu pour accomplir les 13,3 Mt, objectif annoncé par FranceAgriMer.
Si la fin de campagne est calme, le début de la prochaine l’est tout autant. La situation des cultures pénalisées par le déficit hydrique de surface (les nappes phréatiques sont plutôt bien remplies) retient acheteurs comme vendeurs dans leurs engagements. Il est d’ores et déjà évident que la baisse des surfaces et celle, prévisible, des rendements, aboutiront à une modeste moisson, que la plupart des observateurs situent autour de 33,5 Mt. Certes, le stock de report est prévu confortable, avec 2,8 Mt estimé par le dernier conseil céréales de FranceAgriMer, mais le disponible final sera très inférieur à celui de la dernière campagne. Quid des récoltes chez les autres grands exportateurs ? les pluies récentes sur le bassin Mer Noire sont-elles venues assez tôt pour rattraper le retard hydrique ? Des questions qui freinent vendeurs comme acheteurs, repliés depuis ces derniers jours sur des positions de prix assez stables.
Le blé dur, après une période de tension due à une forte demande intérieure de la part des semouliers et des fabricants de pâtes et à un bon courant d’exportation, retrouve une zone de calme et une détente des prix. FranceAgriMer, lors de son conseil céréales du 13 mai, a porté à 215 Mt son estimation de report de blé dur, contre 29 Mt lors du conseil d’avril. Cette brusque et considérable augmentation, expliquée par des ajustements techniques, a surpris, notamment les industriels transformateurs qui, au vu de l’offre physique, n’ont pas l’impression de se trouver en face d’une abondance d’offres.
Orges : L’espoir dans la Chine
Mis à part quelques préoccupations sur la qualité des orges brassicoles (risque de taux de protéines un peu trop élevé), la récolte d’orge dans l’hexagone s’annonce bonne et copieuse, compte tenu de la progression des emblavements. Un stock de report large complétera une offre abondante dont on pouvait craindre une pression sur les prix. Les dernières évolutions du marché sont plus rassurantes. La Chine, qui fût notre premier client cette campagne, devrait consolider sa présence sur notre marché après le différend survenu entre Pékin et l’Australie qui s’est traduit par une taxation à 80,5% des orges australiennes à leur entrée en Chine. Si cette décision persiste, les orges françaises disposent d’un bon débouché potentiel. Dans l’immédiat, les embarquements se poursuivent activement en direction de la Chine et aussi du Maroc. A la date du 24 mai, la France a exporté vers les pays tiers 2,2 Mt et les prix s’alignent sur les fluctuations du blé, avec un large écart entre le reliquat de vieille récolte et la nouvelle, pour laquelle les vendeurs sont peu présents.
Maïs : Forte demande en prochaine récolte
L’actuelle campagne s’achève dans un grand calme et des cours pratiquement nominaux. En revanche, la nouvelle a démarré en trombe avec une forte demande des fabricants d’aliments du bétail français, devant les prix concurrentiels du maïs par rapport aux céréales à paille. Néanmoins, cette demande entraîne un raffermissement des cours et il peut en résulter un resserrement avec ceux du blé et de l’orge, sans oublier les aspects techniques des formules, réduisant l’avantage du maïs. Déjà, une légère détente est perceptible. La demande de la part des fabricants d’aliment du Nord de la Communauté se porte surtout sur l’importation d’origine extra-communautaire, aux prix plus attractifs.




